16/02/20265 minutes

Jeu De rôle – Conflit et bienveillance

Chez les enfants, les conflits arrivent souvent : les petites disputes aux yeux des parents, mais un big deal pour les enfants !

et puis, il y a aussi des petites attaques sans raison apparente, ou plutôt pour la bonne raison qu’on manque de confiance en soi, qu’on est frustrés, qu’on a du mal à dire ce qu’on pense avec des mots, de façon authentique.

Les enfants construisent leur identité sociale et apprennent les codes. Mais les adultes sont-ils vraiment des modèles ? Aujourd’hui, l’adulte est-il vraiment capable de partager ce qu’il pense, ce qu’il ressent, sans être dans le jugement, mais dans le partage ? Pas si facile !

Alors vendredi dernier, à l’atelier de 13h, plutôt que de faire du graphisme avec les élèves de grande section, nous avons joué à nous disputer.

C’est à leur âge qu’on apprend à se comprendre, à dire ce qu’on ressent et à se réconcilier, une base essentielle pour être bien en classe. L’écriture, ils y reviendront, encore et encore, pendant quelques années.

Pourquoi les conflits sont-ils si fréquents à cet âge ?

Entre 3 et 6 ans, les enfants sont en plein apprentissage. Ils découvrent :

  • La vie en groupe : attendre, partager, coopérer, respecter un tour… tout cela ne va pas de soi.
  • Les émotions fortes : frustration, jalousie, peur de perdre, besoin d’attention.
  • Le langage social : trouver les bons mots au bon moment, et oser les dire.

Un conflit, c’est souvent un message déguisé : “Je suis frustré”, “J’ai besoin de toi”, “Je ne sais pas comment faire autrement”. Et c’est justement parce que ces compétences sont en construction que les disputes surgissent.

Ce que les disputes apprennent aux enfants (simplement)

Même si elles sont inconfortables, les disputes peuvent devenir de vraies occasions d’apprentissage. Elles aident l’enfant à développer :

1) Son identité sociale
Il apprend à se situer : “Moi, j’aime ça / je n’aime pas ça”, “Je peux dire non”, “Je fais partie du groupe”.

2) La compréhension des émotions
Il commence à reconnaître ce qui se passe en lui et chez l’autre : colère, tristesse, déception, honte… et à comprendre que ces émotions passent.

3) Le langage et la communication
Petit à petit, l’enfant remplace le geste impulsif (arracher, pousser, crier) par des mots : demander, expliquer, négocier, proposer.

Ce n’est pas instantané. C’est un entraînement. Et comme pour le vélo, on tombe, on recommence… et on progresse.

Activités et sorties en nature

Les activités de jardinage passionnent les enfants, d’autant plus qu’ils ont visité les jardins familiaux du Vieux Pont de Sèvres, une belle expérience sensorielle. La classe dehors est notre leitmotiv, sous le soleil ou même la pluie, les enfants étant bien habillés pour l’occasion. Leur sortie préférée : rendre visite aux lutins de la forêt magique, cachés tout en haut d’une grande colline, au coeur de la forêt, non loin de l’école…

Une séance vécue en grande section : “On s’entraîne à se disputer… pour apprendre à réparer”

En classe, nous avons proposé une séance centrée sur la gestion des conflits avec bienveillance, comme un vrai projet d’apprentissage.

Tout a commencé par un court moment de calme : une “cloche magique” a retenti, invitant les enfants à s’arrêter, respirer, et revenir à eux. Quelques instants suffisent pour apaiser l’agitation et installer un cadre sécurisant : “Ici, on peut ressentir, observer, apprendre.”

Ensuite, place au jeu de rôle. Deux enfants ont joué une scène proche de ce qui arrive souvent à l’école : une dispute autour d’un objet (un jouet de la classe, ou un jouet apporté de la maison). La situation monte : chacun veut l’objet, les mots se bousculent, la tension grimpe.

Le groupe, lui, devient observateur. Nous proposons une consigne très simple : les observateurs choisissent “un camp” (sans moquerie, sans jugement) et expliquent pourquoi :

  • “Je comprends celui qui l’avait en premier.”
  • “Je comprends celui qui attend depuis longtemps.”
  • “Je comprends celui qui a peur qu’on lui prenne.”

Puis vient la partie la plus riche : chercher des solutions. Ensemble, les enfants proposent, discutent, testent des alternatives et change d’avis (ou pas).

Ce type de séance transforme le conflit en compétence : on ne subit plus, on apprend.

5 bénéfices du jeu de rôle + discussion guidée :

  1. Mettre à distance
    Jouer permet de parler d’un problème sans être “en plein dedans”. L’enfant apprend sans se sentir attaqué.
  2. Développer l’empathie
    Choisir un camp, écouter les raisons des autres, comprendre plusieurs points de vue : c’est un vrai exercice de maturité.
  3. Enrichir le vocabulaire émotionnel
    Les enfants apprennent à nommer : “Je suis frustré”, “Je suis déçu”, “J’ai peur”, “Je suis en colère”.
  4. Trouver des solutions réalistes
    Le groupe construit une “boîte à outils” de solutions concrètes, réutilisables au quotidien.
  5. Renforcer la sécurité affective
    L’enfant comprend : “Je peux me tromper, je peux me fâcher… et je peux réparer.” C’est très rassurant.

Conclusion : ici, on apprend aussi à vivre ensemble

Les conflits en maternelle ne sont pas le signe que “quelque chose ne va pas”. Ils sont souvent le signe que l’enfant grandit et qu’il apprend à être en relation. Notre rôle d’adultes n’est pas d’empêcher toute dispute, mais d’enseigner comment on s’arrête, comment on se parle, comment on répare.

Dans notre projet pédagogique, ces compétences (écoute, langage émotionnel, respect, réparation) sont centrales : elles construisent le climat de classe, la confiance, et le plaisir d’apprendre.

Si vous avez une question, une inquiétude, ou si vous observez un schéma qui vous interroge à la maison, venez en parler avec l’équipe. Ensemble, école et parents, on aide l’enfant à transformer les “big deals” du quotidien en grandes victoires de croissance.